LE NUNO FELT:

Le nuno felt est une adaptation contemporaine de la technique traditionnelle de feutre. Le procédé consiste à feutrer de la laine dans un tissu pur comme une gaze de soie. En japonais, nuno signifie tissu. Des voiles de soie teinte sont utilisés comme base au feutrage, en particulier ceux teints à l'indigo (technique shibori). Le procédé donne un feutre mince qui peut recouvrir complètement un côté du tissu ou seulement certaines parties. Une autre caractéristique de la laine est sa capacité à se feutrer également avec d’autres fibres naturelles comme la soie, le coton, la laine, le lin et la rayonne. Les poils de la laine passent et s’agrippent à travers le tissu, ce qui donne une texture très intéressante. Ce procédé est particulièrement efficace pour des vêtements délicats.

 

LA LÉGENDE DE LA DÉCOUVERTE DU FEUTRE :

En Mongolie, on raconte que cette technique provient des monts Altaï… La légende veut qu’Attila, chef des Huns, en soit à l’origine. Chevauchant dans les plaines, il avait placé sous sa selle un ballot de laine. Quelques heures plus tard, il récupéra, aplatie, une pièce de tissu lainé. Avec les frottements et la pression exercée par la selle et le cavalier, un feutre était né!

Histoire du feutre. Le feutrage est une des premières techniques de fabrication textile mise au point par l’homme, avant le tissage et le tricot.

De vieilles recherches archéologiques démontrent l’évidence de l’utilisation du feutre en Turquie. Une peinture murale datant entre 6500 ans et 3000 ans avant Jésus-Christ a été retrouvée avec un motif en feutre appliqué.

Dans le sud de la Sibérie, du feutre a été retrouvé à l’intérieur d’une tombe glacée appartenant à un chef de tribu nomade datant du cinquième siècle avant Jésus-Christ.

Les Grecs connaissaient le feutre. Ils feutraient l’intérieur de leurs casques.  Les Romains portaient des cuirasses, des bottes et des semelles en feutre.

Aujourd’hui, on en retrouve pratiquement dans toutes les régions du monde et particulièrement dans les coins où le climat est plus rigoureux.

Les bergers turcs portent un manteau en feutre à capuchon imperméable dont ils se servent pour se couvrir et pour dormir. Les Hongrois fabriquent une version plus élégante de ce manteau de berger sur lequel ils intègrent des appliqués de tissu, de la courtepointe et de la broderie. En Turquie, les derviches tourneurs portent un chapeau de feutre.

Toutes ses pièces fabriquées à la main témoignent d'un art de fabrication longuement et solidement établi au cours des siècles.

 

Le feutre est d’une importance particulière chez les nomades en Asie centrale. Il est directement associé à la culture. On le retrouve dans les cérémonies, la religion, les rites, les passages, dans la vie du quotidien. Il conserve une forte référence au mode de vie primal et nomade. Les Kazakhs et les Ouzbeks fabriquent du feutre d'un pouce d'épaisseur en quantité pour confectionner des tapis (les motifs servant à identifier leur origine), des couvre-sol (shydaks), des sacs et les yourtes ces fameuses maisons en laine. Ces tentes similaires à des tipis,  leur servent d’habitations portables. Légères et imperméables, chaudes en hiver et froides en été, ces maisons sont encore aujourd'hui les préférées de certaines familles nomades. Elles s’adaptent bien à leur mode de vie. Pour les fabriquer, on procède de la même manière depuis des générations… La laine est d’abord nettoyée, ensuite elle est étalée sur un matelas de roseaux enduit d’eau savonneuse et puis aspergée d’eau chaude. Elle est roulée dans un matelas noué en un ballot. L’opération est répétée pendant plusieurs heures, généralement par un groupe de femmes agenouillées. Les ballots peuvent également être attachés derrière un cheval qui le roule en galopant et qui le feutre. Une fois que le ballot est dénoué, on obtient un textile qui peut être découpé, cousu et moulé.

Une signification symbolique est attribuée au feutre. Léonardo Olshki, dans ''the myth of felt'' décrit un vêtement mongolien  qui utilise cette matière afin de protéger celui qui le porte contre la faiblesse. Une arme, recouverte d'un étui en feutre noir est placée à l'entrée de la tente d'un homme mourant afin d'éloigner les étrangers et les mauvais esprits. Dans cette même région, le feutre est reconnu pour éloigner les animaux dangereux comme les serpents, les scorpions et les tarentules des lits à l'intérieur même d'une tente.

Depuis le quatorzième siècle, en occident, le feutre industriel a été utilisé dans le monde de la mode, en particulier pour la fabrication des chapeaux. Plus récemment, le feutre a joué un rôle plus important dans l'industrie du tapis, de l'automobile, de la construction, de l'électricité, de l'hygiène, de la marine, de l'aérospatiale et de la médecine pour ses propriétés physiques uniques.


LE FEUTRE DANS L'ART ET SON ÉVOLUTION

Le feutre est un matériel intriguant. En plus de posséder des qualités remarquables, un passé historique très riche et des propriétés naturelles, il provoque à tous ceux qui le touchent, une réaction émotionnelle. Il détient une symbolique de chaleur, de protection, de douceur et de confort...  Ces caractéristiques ont charmé, depuis le début des années soixante, les artistes occidentaux, en particulier les femmes.

La seconde vie du feutre traditionnel fait à la main est attribuée en grande partie aux parutions ethnologiques de Mary E. Burkett. Après avoir voyagé en Iran, elle revient avec plusieurs échantillons de feutre qu'elle expose à travers toute l'Angleterre. En parallèle, d'autres recherches sont faites par Mari Nagy en Asie centrale et en Turquie sur les techniques de fabrication qu'elle enseigne par la suite. Très populaire chez lgrandi à travers leurs ateliers. Ces recherches ont influencé les artistes dont Joseph Beuys qui a davantage promu l'utilité de ce matériau de l’art dans les galeries pendant les années soixante et soixante-dix. Intégrant du feutre industriel dans l'installation d'œuvres, il déclare cette matière comme ''symbole de la chaleur, de la vie, du confort et de la sécurité, ce qui a quelque chose à voir avec la froideur augmentant qui se cache dans nos tissus sociaux.'' Cet artiste a sans doute brisé la glace en utilisant cette matière flexible et malléable comme médium de création…

 

Plusieurs artistes d’une génération plus jeune, se sont par la suite intéressés à cette technique, particulièrement les femmes. Grâce à ses qualités inhérentes, le feutre semble être un médium de création qui reflète convenablement leur situation. L’originalité de la matière, ses textures et ses qualités sculpturales attirent.

Une caractéristique principale est la ressemblance de sa texture avec celle de la peau humaine. Un lien direct est établi entre la matière et le corps humain dans toute sa vulnérabilité et sa fragilité. Lorsque l’on fabrique le feutre à la main, il est possible d’obtenir un poids et une épaisseur différente. Lorsque le feutre est très mince et exposé devant la lumière, on peut presque reconnaître dans le tissu des veines humaines, des fragments d'organes.

Des installations d'œuvres ont été exposées démontrant un vêtement comme une seconde peau se détachant du corps. D'autres démontrent un vêtement se transposant en un tableau exposé au mur. On s'interroge par rapport aux limites entre les besoins pratiques et utilitaires d'un vêtement versus le pur besoin esthétique.

L'artiste Hillevi Huse, par la création de chapeaux ressemblant à des graines ou des pousses végétales, suggère à son tour le côté organique de la matière. La technique de fabrication a quelque chose à voir avec la façon dont pousse un végétal.

Étant donné les possibilités infinies de mélange de couleurs et la possibilité de le travailler en transparence, le feutre a un côté féérique. Le vêtement est transformé en un vêtement de fantaisie ou de rêve, tout près du conte de fée. L'artiste India Flint est probablement l'une des premières à présenter des robes de fées en feutre comme costume pour une performance artistique ayant eu lieu à Londres.

Kathi Hoppler-Dinkle quant à elle, présente une série de souliers volants très colorés, inspirés de mythes et de contes de fée. Ces souliers nous font alors rentrer dans le territoire du vêtement portable.

Depuis peu, le feutre fait à la main est travaillé comme tissu pour des collections de vêtements soit mélangé à d'autres matières ou de façon intégrale. Des designers de mode comme Issey Miyake, Comme un garçon ou Christine Birckle ont présenté des collections complètes de vêtements en feutre.

Avec son aspect amusant et poétique, le feutre s'adapte parfaitement à l'univers de l'accessoire. Des sacs, chapeaux, bijoux aux formes géométriques et aux couleurs amusantes sont créés. Plusieurs artisans s'amusent à en fabriquer.

Une jeune génération de designers d'intérieur a également découvert la matière comme matériau de recouvrement pour des chaises et des sofas. Ils peuvent l'utiliser directement comme siège, la matière s'adaptant aux mouvements du corps.

Le feutre est une matière moderne et agréable à travailler, riche en traditions anciennes, ce qui lui donne encore plus de vitalité.

 

 

LE FEUTRE :

Qu’est ce que le feutre ?

Le feutre est une étoffe non tissée, confectionnée principalement à base de fibres animales comme la  laine de mouton. Le feutre donne à la laine à la fois souplesse et solidité, c’est une matière malléable. Si l’on observe la fibre de la laine au microscope, l’examen montre qu’elle est fortement ondulée et que la surface est composée de petites écailles qui se redressent lorsqu’elles sont humides. Sous l’effet de la chaleur et du frottement, les écailles dressées s’entremêlent, elle s’agrippent  inexorablement les unes aux ​autres, et voilà qu’un feutre naît…

Après la tonte des moutons, la laine est nettoyée, cardée, mélangée et teinte. La toison de laine est ensuite superposée uniformément par fines couches. C’est cette étape qui offre au concepteur du feutre une plus grande liberté de création. C’est à ce moment que les formes sont dessinées, que les mélanges de couleurs sont faits. On procède ensuite à un pressage humide avec de l’eau et du savon, ce qui agglutine les fibres ensemble assez solidement. Le feutre se forme tranquillement par un frottement mécanique du tissu activé, soit manuellement soit par une machine. Une réaction physique au contact de la fibre en alternance avec l’eau chaude et l’eau froide va permettre de resserrer les fibres encore plus solidement ensemble. Une fois que le ballot est dénoué, on obtient un textile qui peut être découpé, cousu et moulé.

LES CARACTÉRISTIQUES DE LA LAINE :

Le secret de la laine est détenu dans la structure même de la fibre qui absorbe l’humidité, isole contre la chaleur et le froid, résiste aux flammes, tout en étant imperméable. La fibre est recouverte d’un liquide naturel qui le rend à l’épreuve de l’eau. La laine est très absorbante : elle prend jusqu’à trente pour cent de son poids en humidité. En comparaison, les fibres synthétiques prennent environ deux pour cent de leur poids. En repoussant la transpiration à l’extérieur du corps, les vêtements de laine préviennent la moiteur de la peau et aident à conserver la chaleur du corps l’hiver.

POURQUOI LA LAINE MÉRINOS ?

​​La ​​​plupart des toisons animales et protéiniques peuvent être utilisées pour le feutrage, du poil de lapin aux filaments de soie. Par contre, chaque fibre de feutre a une intensité différente dépendamment de sa longueur. Certaines fibres dont le poil est plus court sont plus rugueuses. La laine mérinos est  la fibre la plus fine, la plus douce et celle qui feutre le plus rapidement. Elle est renommée, tout comme le cachemire, pour sa finesse, sa douceur et sa rareté.​